L'hivers s'annonçait doux et Edwig la prêtresse du vieux borgne voulait retourner en terre d'Irlande pour compter fleurette à la cours du roi Angus, la perspective de "goûter" une fois de plus aux joies de l'hospitalité Irlandaise me décida vite à l'accompagner dans son voyage (pour prier Freyia bien sur ...).
Rien a dire sur la manière de recevoir de Angus, un banquet fut dressé au notre honneur et entre deux cornes ou danses hasardeuses avec nos jolies hôtesses (malheur à leurs pieds), les notes franches d'une harpe qu'accompagnait un chant viril et grave à l'accent des Danes percuta nos coeurs de nordiques et nous rappela à Edwig et moi même comme nous étions loin de nos Fjords, de nos halles chaleureuses, de nos mères et de nos frères.
Le Scalde, qui venait du comptoir de Hrolf le Northman continua son chant :
Il y était question du roi Hrothgar, roi des Danois, mon roi ... assiégé en Heorod , sa propre halle par un monstre nommé Grendel, dévorant sa garde et disparaissant, ne laissant derrière lui que mort et dévastation.
Du peuple Dane ou d'ailleurs viendra un héro pour défier le troll et sauver Hrothgar, gloire et richesse pour celui qui délivrera Heorod de sa malédiction » gloire et richesse disait le chant... ou une place de choix au banquet d'Odin.
« Peut importe » me dis-je. « Si mon destin est de mourir face à ce monstre, c'est que les Nornes l'on tissé ainsi. Bois l’hydromel de l’inspiration scalde, peut être chanteras-tu bientôt la fin de Grendel ou la notre ... qui ici veut venir avec moi et prouver sa bravoure au royaumes du Danemark ?"
Edwig bien sur, Yann l'Irlandais avec qui nous avions sympathisé en Bretagne et un armoricain répondirent à l'offre et après avoir respectueusement pris congé du roi Angus nous partîmes en quête d'un bateau pour le Zealand.
Au comptoir de Hrolf l'accueil fut moins chaleureux que chez le roi Angus, en lieu de tables de banquet et de servantes lascives se dressait entre lui et nous une fosse pleine de serpents et une garde étrange à la peau brune tannée et aux lames courbes, des sarrasins m'expliqua le romain.
Je compris vite pourquoi le roi Angus n’appréciait pas Hrolf, hautain et cruel sur son trône serpentin, il se délecta à l’idée qu’émis l’irlandais de payer notre voyage en le divertissant par un duel contre son champion à peau sombre.
Le choix des armes revenant au défié, Hrolf choisit l’épée, déçu l’irlandais du me laisser sa place car il n’excellait qu’au noble art de la lance.
Le colosse noir s’approchait, le regard déterminé à prouver sa valeur à son maître.
Trahi par son imposant gabarit j’esquivait de justesse sa première attaque foudroyante et ripostait avec rage mais son bouclier s’interposa.
Nous primes un peu de distance, dans un sentiment de respect mutuel, reprenant notre souffle nous cherchions déjà la faille qui nous donnerait la victoire.
Soudain je senti un moment d’hésitation dans son regard noir et déjà ma lame lui mordait la cuisse … Cela Suffira t’il Jarl Hrolf, ton champion, ce brave devra t il mourir pour que nous puissions aller au Danemark ?
Le lendemain nous embarquions à bord d’un Knorr.
Malgré quelques intempéries le voyage se passa sans trop d’encombres, chaque coup de rame, chaque ricanement de mouette me rappelait un peu plus mon enfance quand j’allais en barque avec mes frères à la pèche au saumon, après toutes ses années d’errance j’allait enfin reposer le pied sur mon Zealand natal. Douce nostalgie.
Bientôt nous fûmes en vue des terres, nous débarquions sur une plage bordée de hautes falaises, le vent soufflait doucement et se mêlait à une fine bruine d’hivers quand à peine foulions nous le sable de la plage et que le lanskip se préparait à reprendre le large qu’au loin se dessinait la silhouette d’un cavalier casqué de forte stature, la taille de sa monture impressionna mes compagnons, habitué aux chevaux plus petits des chevaliers bretons, l’homme souffla un coup dans un grand cor et nous cria :
« Ecoutez moi étrangers, je suis Osric, hirdman du Roi Hrothgar et j’ai pour tache de surveiller les cotes.
Tant que je vivrai aucun porteur de bouclier ne rentrera sur nos terres pour causer du tord a notre roi et notre peuple ! Nommez vous, vous et vos Seigneurs, répondez ou je vous considèrerai comme ennemis !
« Je suis Skiold du Zealand fils de Grimhildr à la longue natte et je reviens sur ma terre natale, je reviens pour aider mon roi, je viens en amis ! »
« Et le Danemark honore ses amis Skiold du Zealand, bon retour au pays ! Venez. »
Il souffla de nouveau à deux reprises dans son cor et 6 autres cavaliers arrivèrent, l’un deux après avoir pris connaissance de nos identités partis en avant pour prévenir de notre arrivée, les autres mirent pied a terre et nous accompagnèrent, tenant leurs chevaux par la bride jusqu'à la halle de Hrothgar, le voyage dura tout le reste de la journée si bien que nous arrivions devant les portes d’Heorod peu avant le repas du soir. On nous mena dans la salle principale ou le roi Hrothgar nous reçu.
Malgré son age avancé et la fatigue apparente qui cernait son visage il émanait de lui une grande prestance et sa gloire passée semblait toujours rayonner autour de lui ici, au milieu de ses trophées: tentures, armes de qualités, bannières de clans richement décorées de fils d’or et hures finement empaillées témoignaient de sa puissance, Enfin, les anneaux de guerriers pendus à ses cheveux ajoutaient à prouver ses valeurs martiales et confirmaient que la large épée apposée à son trône n’était pas un simple ornement, sa poigne devait être encore assez ferme pour la brandir efficacement. Il me fit penser au roi Uther plus vieux.
Debout à ses cotés se tenait une femme au port fier d’une quarantaine d’années, la peau blanche comme la neige, ses cheveux blond or coiffés en deux longues tresses s’écoulaient de la nuque à la taille et n’avaient d’égale beauté que ses yeux bleu-gris, magnifique malgré son age … Wealtheo la reine.
Autour du roi, sa garde personnelle dégageait la même impression de force et de grandeur, les hirdmen semblaient aussi vaillants et aguerris que leur roi mais à leurs cernes marquées et leurs regard las, on pouvait aisément comprendre que quelque chose de grave se tramait dans la halle, je fus frappé de voir une faible lueur de peur dans les yeux de certains !
« Je suis Skiold, fils de Horsa le saxon et de Grimrhildr, fille de Olaf, fils de Sigurd, fils de Thorketil, fils de Sven, fils de Helgi, fils de Rurik, fils de Skeggi le scalde, lui-même fils de Bjornson et j’ai ouï dire mon roi que tu avais grand besoin d’assistance, je suis venu d’Irlande avec mes compagnons pour t’offrir mon aide et mourir s’il le faut … ! »
-« Fort bien, je vais parler sans ambages Skiold fils de Horsa, une créature nommée Grendel s’introduit dans ma halle régulièrement depuis des années et tue mes gardes dans une débauche de violence inouïe puis disparaît, ne laissant derrière elle que les corps déchiquetés de ses victimes. Cela a commencé il y a douze ans …je suis las guerrier, las et triste de voir couler le sang de mes hommes, mes amis, mes parents , de mains de ce … troll immonde.
Débarrasse m’en et je ne serais pas ingrat !
Je vois que tu es venu accompagné d’une prêtresse d’Odin, j’espère que le père des morts sera notre allié contre ce troll ! »
-« Puisse Alfardr t’entendre mon époux … puisse t’il t’entendre.» soupira la reine.
-« Eh bien soyez les bienvenus dans ma halle, mangez buvez et profitez de mon hospitalité il ne sera pas dit que ce Troll empêche Hrothgar de recevoir comme il sied, à TABLE et que nos cornes ne soient jamais vides par Odin !
Apparemment notre arrivée n’était pas bien vue par tout le monde dans la halle et un certain Unferth nous toisa, plus petit que les autres, la moustache et les cheveux noirâtres.
Son haleine de phoque malade et son œil brillant nous indiquaient clairement qu’il n’avait pas bu d’eau depuis des jours.
-« Voyez vous ça… des aventuriers en mal d’exploits, qu’avons-nous la, un pseudo Danois, de retour après des années d’absence, un chétif breton et un gaélique maniéré… il ne m’ont pas l’air bien menaçants, peut être le troll s’étouffera avec leurs os ?!»
-« Et toi peut être t’étoufferas tu avec tes dents quand tu auras tâté de mon poing » lui rétorquai-je.
-« Vous n’etes pas de taille affronter ce monstre, il a déjà tué les meilleurs hirdmen du roi, ce n’est pas vous qui pourrez nous en débarrasser, non vous n’etes que des opportunistes ,un encas a Troll et vous allez mourir ici, la poche vide et le regard avare .»
-« Eh bien nous mourrons, et nous irons festoyer pour l’éternité dans la Valhalle, peu m’importe de mourir si c’est l’arme au poing. As-tu peur de mourir toi ?»
La discussion tourna court quand le roi nous incita à nous calmer, Grendel suffisait bien à tuer ses gens sans que ceux-ci ne s’entretuent disait-il.
Des gens présents nous n’apprîmes grand chose, le roi avait peu d’ennemis tant il était aimé ici au Zealand et aucun d’eux n’avait d’intérêt à le mettre autant dans l’embarras, de plus invoquer et pire, contrôler régulièrement une créature de ce type demandait des compétences mystiques considérables et personne à leur connaissance n’en était capable sur l’île… Edwig confirma.
Bientôt nous décidions de monter la garde chaque nuit dans l’espoir d’appréhender la bête avant qu’elle ne tue quelqu’un d’autre.
Pendant la troisième nuit, la porte vola en éclat !
Une créature immense se dressait devant nous.
Des crocs, longs comme des poignards et des griffes acérées se mouvaient avec une grande rapidité vers les gorges des gardes. Invoquant la puissance des Ases nous chargions le monstre épées en mains !
Je lui portait une attaque qui aurait tué net un bœuf, pourtant comme par magie mon coup le traversa sans lui infliger le moindre mal, incroyable ! Sa peau écailleuse et visqueuse semblait complètement immunisé aux tranchant de nos lames, tout autour du troll les guerriers tombaient, l’Irlandais frappé par le poing énorme du monstre vola a travers de la pièce et resta sonné, puis se fut Edwig qui s’écroula …
Lors d’un instant je vis le monstre louper sa cible et frapper dans une poutre, cela parut lui faire mal ! C’est à ce moment que je compris, la bête ne pouvait pas être blessée par le métal, mais par les poings !!! Il faut croire que Magni guidait mon bras, mon poing serré lui percutait la mâchoire avec une force incroyable, la créature sembla défaillir un instant plus de surprise que de douleur, elle se retourna vers moi !
-« Frappez la avec vos poings ou des gourdins, le métal ne peut rien contre son cuir ! »
L’armoricain lui infligea de sérieux dommage en le frappant avec force de son bouclier, les autres guerriers commençaient eux aussi à avoir le dessus.
Esquivant une attaque pataude je lui assenait une riposte d’une violence qui m’étonna moi-même, la créature tituba quelques instant et s’effondra… Grendel était vaincu.
Nous avion payé le prix fort, de nombreux brave y avait laissé la vie, Edwig et l’Irlandais par chance n’étaient pas mortellement blessés.
Le lendemain du combat le Roi Organisa un banquet fastueux en notre honneur
« Alors qu’hier encore je doutais d’être un jour débarrassé de ce monstre les Ases nous ont souri par deux fois, la première en guidant ses hommes juqu’ici, la deuxième en leur donnant la force de terrasser la bête, puisse Odin le père des victoire leur apporter la même fortune dans leurs combats à venir ! Il n’est aucun présent que je puisse refuser à nos héros, je vous considère a présent comme ma parenté, demandez et j’exaucerai !
Skiold tu as porté le coup fatal au monstre, que désires tu ? »
« Une femme par Thor ! Rien ne me ferais plus plaisir qu’une belle Danoise à chérir et un peu de terre pour y voir grandir mes enfants seigneur ! »
« Accordé ! Il est une des plus belles filles de mon royaume, Gudrun Ingvarsdottir du Lethra qui n’attendait qu’un valeureux de ton genre pour être mariée. Je présiderai moi même les noces ! »
Les autres, en plus des armes, armures et chevaux que nous avait offert Hrothgar reçurent quelques terres, enfin il nous confia un Langskip peint et son équipage de 30 hommes afin dit-il « que nous revenions le voir souvent ! ».
Telle était la générosité du roi des Danois, aussi immense que sa gigantesque halle ! Comment imaginer que pendant la nuit la mère de Grendel viendrait pour venger son fils !?
Elle attaqua tard dans la nuit quand l’hydromel eu terminé d’achever la vigilance des sentinelles, nombreux furent les homme à périr dans leur sommeil avant de pouvoir se défendre mais cette fois le combat fut bref, utilisant la même technique que pour le fils nous terrassions sans aucun mal la génitrice.
Cette fois s’en était fini des trolls au Danemark.
Nous restions quelques jours chez Hrothgar pour mon mariage avec Gudrun, je dois dire que je fus charmé au premier regard que je posais sur elle, belle à en mourir, l’esprit affûté comme la meilleur des lances, elle transperça mon coeur et son sourire enjôleur la pensa la plaie avant même qu’elle ne saigne.
Yrmenlaf le scalde royal immortalisa notre aventure dans un chant, peut être le plus beau de tous nos présent, nos haut fait chantés et rechantés à jamais dans la bouche des poètes, nos exploit se répercutant siècles après siècles dans les halles des rois, les palais des Dieux et les oreilles de nos enfants ….
La saga de Skiold et du roi Hrothgar.

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